A partir de quand peut-on parler de folie ?
Par passion psycho le Jul 13, 2010 | Dans Questions Réponses, La Folie, Psychiatrie | 1 réaction »
Nombreux sont ceux qui se demandent, et à juste titre, à partir de quand on peut parler de folie. Je vais tenter de donner mon point de vue en répondant à trois autres questions : Depuis quand historiquement parle-t-on de folie? Existe-t-il une frontière entre le normal et le pathologique? Peut-il y avoir du pathologique dans du normal?
1) Histoire de la folie
Au XVI siècle, en France les individus considérés comme étant « fou » étaient perçus comme des mystiques possédant un savoir inconnu des hommes sains, le savoir morbide. La folie, à cette époque était expliquée par la religion par le fait d'être possédé.
Une rupture se produisit dans l'histoire au début du XVII siècle, lorsque la médecine recevit l'ordre de démontrer que la folie provenait d'un pouvoir de l'imagination déréglé et non d'une possession maléfique.
Un tournant majeur s'est produit :la folie n'est plus issu d'une connaissance morbide mais d'un dérèglement psychique provocant l'apparition de symptômes.
La maladie devint alors une déviance qui mena inévitablement le malade à l'exclusion. Cette exclusion ne concernait pas seulement les malades mais aussi les gens différents, qui ne correspondaient pas aux normes intégratives de l'espace social dans lequel ils se trouvaient.
Au milieu du XVIII siècle, l'internement devint systématique pour les dits déviants, et nous assisteront alors à l'ouverture d'établissements comme la Salpêtrière et Bicêtre, n'ayant à ce moment aucunes vocations médicales.
C'est en 1793 que Pinel délivra les malades de leurs enchaînements et s'inscrivit dans un mythe humaniste post révolutionnaire. Cependant, ces chaînes de métal furent aussi tôt remplacées par des chaînes morales. Les malades étaient infantilisés, humiliés et culpabilisés dans leur délires. Une sanction suivait immédiatement un écart de comportement à la normal, tel qu'une douche froide ou d'autres sévices. Nous sommes à ce moment dans ce système qui consiste à « surveiller et punir ». L'espace social (d'exclusion) dans lequel vivent les malades n'est toujours pas médicalisé jusqu'au XIX siècle!
Les conditions d'apparitions de la folie sont donc relatives à une culture qui reconnaît la maladie en tant que telle.
2) La frontière entre normal et pathologique
Lorsque que nous parlerons de normal et de pathologique pour les comparer, nous évoquerons des attitudes ou des comportements . La frontière est très flou entre le normal et le pathologique, voir inexistante, mais finalement la distinction est simple à se représenter :
Une attitude ou un comportement normal est adapté à la situation et/ou correspond aux normes integratives de l'espace social dans lequel on se trouve. Il y a nécessairement une dimension culturelle dans l'évaluation du normal qui va le fixer et le borner.
Un comportement ou une attitude va devenir pathologique avec d'une part la répétition de son expression, et d'autre part l'effet néfaste se répercutant sur la vie du sujet.
Par exemple, taper du pied une fois n'est pas pathologique, mais taper du pied toujours trois fois avant de franchir une porte devient un trouble obsessionnel compulsif. Jouer une fois au poker n'est pas pathologique mais se ruiner, ruiner sa famille et passer son temps à jouer jusqu'à perdre ses proches et son emploi devient un comportement pathologique. Boire un verre de vin par jour est bon pour la santé, mais boire une bouteille par jour est de l'alcoolisme.
Le pathologique se différencie du normal par une répétition du symptôme et des conséquences néfastes sur la vie du sujet.
3) Le pathologique dans le normal
Sigmud Freud dans son livre « psychopathologie de la vie quotidienne » nous démontre que le pathologique se trouve et cherche à s'exprimer dans le normal, sous forme d'actes manqués qui pourront être interprétés comme des manifestations de l'inconscient.
Par exemple, Freud explique que l'oubli de noms propres peut être motivé par un mécanisme consistant dans la perturbation d'une idée par contradiction intérieure venant d'une source refoulées.
Un élément pathogène peut exister à l'état de veille en chaque individu et se manifester spontanément sous forme d'actes manqués, ou sous forme d'un symptôme qui n'est rien d'autre que l'expression du système de défense mit en place par le sujet. Dans le cas du trouble obsessionnel compulsif, le rituel qui consiste à taper du pied dans notre exemple, permet de palier une immense angoisse, ayant souvent un lien avec le morbide ?
Sources en relations :
Psychopathologie de la vie quotidienne : Sigmund Freud
Maladie mentale et psychologie : Michel Foucault
Reportage de Michel Foucault par lui même :
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